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1- Les premiers jours

chap1Ce n’est pas le moment de s’affoler, car il y a beaucoup de choses à faire ! Les premiers jours d’incarcération sont souvent les plus difficiles et il est important que votre proche ne se sente pas abandonné.
Demander un permis de visite, envoyer un mandat, apporter du linge, envoyer un courrier : toutes ces démarches lui feront savoir qu’il est soutenu !

Lorsqu’un proche vient d’être incarcéré, on a souvent beaucoup de démarches administratives à effectuer. À cela s’ajoutent les amis qu’il faut prévenir, les problèmes matériels qu’il faut régler… Et comme si tout cela ne suffisait pas, il faut en plus se familiariser avec les règlements, les usages et le vocabulaire de la prison et de l’Administration Pénitentiaire (AP)*.

Il est rare qu’on arrive en prison en ayant eu le temps de dire au revoir à ses proches et de préparer sa valise. Généralement, on y arrive après une garde à vue. On est alors soit condamné (comparution immédiate), soit « prévenu* » (c’est-à-dire en détention préventive dans l’attente d’un jugement). Et généralement, la personne se retrouve en Maison d’arrêt.

L’arrivée en prison

Toute personne, à son arrivée en détention, qu’elle soit condamnée ou prévenue, effectue des « formalités d’écrou* » (c’est la « mise sous écrou »). L’établissement attribue alors un « numéro d’écrou » au détenu, qui le conserve jusqu’à sa libération ou son transfert dans une autre prison.
Dans la plupart des établissements, les détenus sont affectés, au début, dans une « cellule (ou quartier) arrivants ». Ils y restent de quelques heures à quelques jours, au moins le temps des formalités d’écrou, avant d’être affectés dans la détention « normale ». La « période d’observation » à laquelle sont soumis les arrivants peut durer jusqu’à trois semaines.

« Le jour de son arrivée ou, au plus tard, le lendemain, chaque arrivant doit être rencontré par un membre de la direction de l’établissement » (CPP, art. d. 285). Un Conseiller Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (un « CPIP » que l’on appelle souvent « CIP* », leur ancien nom) est systématiquement informé de l’identité et de la situation pénale de tout arrivant. Il a accès à son dossier individuel et doit aller le visiter « dès que possible » (CPP, art. d. 462 et d.285). Cette personne fait partie d’un service de la prison qui s’appelle le SPIP* (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation). Sur le papier, il est chargé de « prévenir les effets désocialisants de l’enfermement sur les détenus, de favoriser le maintien de leurs liens sociaux et familiaux et de les aider à préparer leur réinsertion sociale » (CPP, art. d. 461). Dans la pratique, les CPIP font partie de l’ap. À ce titre, ils transmettent souvent toutes les informations (comme les courriers) au Juge de l’Application des Peines (ou au Juge d’Instruction pour les prévenus).
Tout détenu arrivant rencontre également un médecin « dans les plus brefs délais » (CPP, art. d. 285).

L’information des proches

à son arrivée en prison, chaque détenu « doit être immédiatement mis en mesure d’informer sa famille de son incarcération » (CPP, art. d. 284). Concrètement, l’AP, par le biais du SPIP, doit lui fournir un « kit » de correspondance qui comprend des timbres, du papier à lettre, des enveloppes et un stylo (Circulaire dap du 9 juin 2011).
C’est généralement un CPIP (un aumônier ou un surveillant peuvent également le faire) qui téléphone à la famille pour la prévenir de l’incarcération. Il peut le faire même si le juge d’instruction a ordonné une interdiction de communiquer à l’encontre du prévenu (Circulaire DAP du 15 octobre 1999 ; CPP, art. d. 56). Toutefois, le détenu peut prévenir lui-même ses proches : il a le droit de passer gratuitement un appel dans ses premières heures de détention, même s’il est écroué pendant la nuit et que le service de la comptabilité est fermé (Circulaire DAP du 9 juin 2011). Pour les personnes prévenues, il faut qu’ait été recueilli l’accord du magistrat en charge du dossier de la procédure dans leur affaire.
Les CPIP sont submergés de travail (il y a en moyenne un CPIP pour 100 détenus), certains sont « blasés » ou peu rigoureux. Le CPIP peut donc tarder à vous contacter. Si vous ignorez dans quelle prison votre proche est incarcéré, vous pouvez téléphoner aux maisons d’arrêt de la juridiction de son arrestation. Si c’est une affaire dite de « terrorisme » ou de trafic de stupéfiants, téléphonez aux prisons de la région parisienne, car ce type d’affaire est plus souvent instruit à Paris. En appelant, il faut montrer qu’on est sûr de soi pour que les surveillants  ou les CPIP (il vaut mieux essayer de joindre le service social) ne refusent pas de donner l’information. Par exemple, mieux vaut dire « mon mari/ma sœur est incarcéré ici, quel est son numéro d’écrou ? » (quitte à ce que la réponse soit « non, il/elle n’est pas là ») que « est-ce que x est incarcéré dans cette prison ? »
Si un détenu mineur n’informe pas lui-même sa famille, le Directeur a l’obligation de le faire. Mais les Services éducatifs Auprès du Tribunal (SEAT) l’ont normalement déjà fait. Le Directeur informe également la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), qui a obligatoirement été déjà saisie par le magistrat chargé du dossier du mineur, puisque celui-ci doit recueillir leur avis avant toute incarcération de mineur.

Les démarches

Ce n’est pas le moment de s’affoler, car il y a beaucoup de choses à faire ! Les premiers jours d’incarcération sont souvent les plus difficiles et il est important que votre proche ne se sente pas abandonné. Toutes ces démarches lui feront savoir qu’il est soutenu :

  • Contacter le SPIP et éventuellement l’association d’accueil des familles voir page suivante
  • Demander un permis de visite  (voir chapitre 4)
  • Contacter les personnes qu’il est judicieux ou nécessaire (notamment l’employeur) d’informer de l’incarcération de votre proche.
  • Envoyer un mandat (de l’argent), même modeste. Votre proche pourra ainsi faire face aux premières dépenses, comme l’achat d’un poste de radio ou de cigarettes, par exemple  (voir «les mandats»),
  • Apporter du linge. Il faut le faire rapidement, car dans la plupart des prisons, cela n’est possible, en l’absence de permis de visite, que la première quinzaine d’incarcération. Vos courriers mettront certainement davantage de temps à lui parvenir, surtout  si son affaire est encore instruite (qu’il n’est pas condamné), donc le linge est aussi le moyen le plus rapide de faire savoir à votre proche que vous le soutenez (voir chapitre 3)
  • Envoyer un courrier. Ce premier courrier est souvent très important, car il arrive souvent que les détenus soient très inquiets de la réaction de leurs proches. Joignez quelques timbres et éventuellement des enveloppes. Vous pouvez également envoyer quelques photos (de vous, de lieux associés à des souvenirs, etc.).
  • Les conseils d’un avocat sont souvent nécessaires lorsqu’on est détenu. Votre proche en a peut-être déjà désigné un. Contactez-le. Vous pouvez également proposer à votre proche le nom d’un autre avocat
le premier contact avec le SPIP

Qu’un CPIP vous téléphone ou que ce soit vous qui preniez l’initiative d’appeler le SPIP, voici les informations que vous pouvez demander :
– le nom du CPIP chargé du dossier de votre proche. Cela vous permettra ultérieurement d’entrer directement en contact avec lui, si nécessaire. Ne surestimez pas l’aide qu’il peut apporter, mais vous pouvez lui demander des nouvelles du détenu et obtenir qu’il informe votre proche de l’échange téléphonique. Votre proche sera certainement rassuré de savoir que vous êtes informé de sa situation.
– le numéro d’écrou du détenu. Celui-ci est souvent demandé lors des démarches administratives et son indication sur les courriers destinés au détenu permet un acheminement plus rapide à l’intéressé.
– le numéro de cellule du détenu. Si votre proche est en cellule « arrivants », il faudra contacter la prison quelques jours plus tard pour connaître son nouveau numéro de cellule. Ensuite, le détenu pourra encore changer de cellule, pour des raisons diverses.

Vous pouvez également téléphoner au service des parloirs de la prison. Ils pourront vous indiquer s’il existe une association d’accueil des proches et, le cas échéant, son numéro de téléphone et ses horaires d’ouverture. Ils pourront vous donner les modalités du dépôt de linge en l’absence de permis de visite (voir chapitre 4) et vous renseigner sur la procédure d’obtention du permis ( voir chapitre 4).

deux questions fréquentes

Récupérer des objets (des clés, des papiers, etc.) avec lesquels une personne a été incarcérée :
Lors de l’incarcération, les personnes peuvent garder leurs vêtements, leur alliance et leurs photographies de famille (CPP, art. d 420). Tous les autres objets avec lesquels ils arrivent en prison sont placés à la « petite fouille » (où ils sont gardés jusqu’à leur libération). Il faut vous adresser au Greffe afin de connaître les démarches permettant à votre proche d’autoriser la sortie de ces objets. Parfois c’est au détenu de faire cette démarche (c’est à l’avocat de faire passer ce message).
Incarcération et disputes :
Il arrive fréquemment que l’incarcération d’une personne entraîne des conflits dans son entourage. Certains sont en colère contre le détenu ou se sentent trahis, d’autres essaient d’en attribuer la responsabilité à une tierce personne… Parfois, ce sont les faits en cause ou ce qu’on a appris lors d’interrogatoires qui peuvent déstabiliser. Mais la prudence s’impose, même si les doutes peuvent être terribles… Attendez de rencontrer la personne détenue et d’en discuter avec elle. Et puis, on peut refuser de juger un proche pour ce qu’il a fait et le soutenir pour ce qu’il est.

Et les enfants ?

Il vaut mieux ne pas cacher la vérité aux enfants. Ils comprennent souvent beaucoup plus que les adultes ne le croient. Il faut évidemment tenir compte de leur âge et de leur personnalité dans la façon de leur annoncer l’incarcération d’un proche. On peut prendre un peu son temps, surtout s’il s’agit de l’incarcération d’une personne avec laquelle l’enfant n’avait pas de contacts réguliers. Cela permet également d’avoir davantage de recul, d’éviter des maladresses à un moment où on peut être soi-même particulièrement stressé.
Dire à un enfant qu’un parent ou un proche est en prison n’est pas facile. Essayez de l’expliquer avec des mots simples, en évitant de dire que la personne est à l’hôpital, car l’enfant risquerait de s’inquiéter pour sa santé. Vous pouvez demander à l’accueil de la prison ou à l’Uframa ( voir chapitre 13) le livret Un de vos proches est en prison. Comment en parler à vos enfants ? Il comprend un conte pour les enfants qui est bien fait.
Dire qu’une personne est en prison, cela n’implique pas d’expliquer les « faits » : d’ailleurs, on ne sait pas toujours soi-même ce qui s’est exactement passé. Il est important de laisser aussi la possibilité au parent incarcéré de s’expliquer plus tard, au parloir ou quand il sera libéré.
Comme dans d’autres situations (par exemple les divorces), il arrive que les enfants culpabilisent : « c’est de ma faute, il ne veut plus me voir. » Ils peuvent aussi penser que le parent les a abandonnés. S’il faut leur laisser exprimer leurs angoisses, il est aussi important de les rassurer sur l’amour que leur porte la personne détenue : ce qui arrive est une histoire d’adultes à laquelle ils ne peuvent rien… Chaque enfant réagit à sa manière à l’incarcération d’un parent ou d’un adulte de son entourage. Il n’y a pas de règles.
Il n’y a aucune obligation d’informer l’école de l’incarcération d’un parent : cela dépend surtout de la réaction de l’enfant et s’il doit, par exemple, s’absenter de l’école pour des visites à son parent.
Il est difficile de maintenir des liens entre un enfant et son parent détenu. Essayez de laisser l’enfant vivre de la façon dont ça lui convient sa relation avec son parent : il n’a pas forcément envie d’écrire une lettre, il peut envoyer des dessins, préparer une chanson pour le parloir ou pour un message à la radio, apporter ses cahiers de classe ou ses bulletins de notes au parloir…